La cris(s)e de (la) télé

Il y a une crise dans le monde de la télé. Et alors, et un peu, une crise dans le milieu artistique, dans la culture. 

Je sais, je sais, on ne pleure pas la télé, c’est l’enfant gâté de la culture au Québec. Des danseuses contemporaines roulent des yeux et tapent du pied en lisant mes lignes. Mais faut en parler de la télé, parce que c’est son argent qui permet à ben des artistes et artisans de payer leur loyer. 

Je sais, je sais, la télé c’est trop souvent pas de l’art. C’est du divertissement, du remplissage de trous entre les publicités, des visages trop connus qui jouent des textes dépassés, des émissions d’informations qui informent mal, mais ça reste la culture, notre culture. 

Y’a une crise dans le milieu de la télé. Y’a une cassure entre ceux qui la consomment et ceux qui aimeraient la consommer. Entre ceux qui la fabriquent, et ceux qui aimeraient la fabriquer. 

Les jeunes n’ont pas la télé. Parce que faute d’argent, parce que déjà Netflix, parce qu’ils ne se reconnaissent pas à la télévision, parce qu’ils l’ont déjà vus dans sa langue originale sur Netflix, parce que c’est plate, parce qu’un moment donné les quizz pis les émissions de police, on a fait le tour. 

Alors, la télé fait de la télé pour ceux qui écoutent la télé Les matantes et les mononcles, les femmes mères à la maison et les régions. Le public cible de l’émission est décidé en fonction du public cible de l’annonceur. La télé parle mal aux jeunes, comme un papa qui essaye trop en saluant d’un “Yo”. Alors les jeunes délaissent la télé et de toute façon les publicitaires les avaient déjà délaissés, les pauvres.  

Bref, on se laisse gérer le bout du nez par des publicitaires qui achètent un spot dans une case horaire privilégiée, qui veulent une belle face connue, dans l’émission médiocre d’un producteur reconnu, pour mieux vendre leur crème à raser cancérigène pis leur pick up polluant. Et c’est toujours les mêmes personnes (blanches) dans les mêmes rôles, devant et derrière la caméra, parce que le marché aime ça stable, sa rentabilité. 

Pourtant, même si on n’a pas la télé, on paye pour la télé, via nos taxes et nos impôts. Les productions sont largement financées par des subventions et des crédits. Pourquoi on a décidé que c’est le chèque des compagnies qui tranchait, et pas celui du public ? Ce n’est pas qu’un choix économique, c’est un choix politique.  

On pourrait prendre cet argent-là, notre argent, et faire de la télé quelque chose de public, de commun. Pas d’amateur, de commun et de concerté. On a deux chaînes de télévision nationale, cibole, qui engagent toujours les mêmes trois boîtes de production. En construction, on appellerait ça de la collusion, en télévision, somehow, c’est une belle relation d’affaires. Qu’est-ce qu’on attend, pour prendre les rênes de ce qui nous appartient ? C’est notre argent, c’est nos œuvres. 

On oublie parfois que la télé, c’est (supposé être) une plateforme de diffusion.  Ce n’est pas (ne devrait pas être) une patente en soi. Aujourd’hui, on joue pour la télé, on fait de la télé, on a un cachet télé, on pense télé. Pis on a don’ besoin de la télé pour parler de son livre, de son spectacle, de son film. 

La crise dans le milieu de la télé, c’est aussi la crise de la culture, des médias journalistiques, des moyens de diffusion. C’est dur de les séparer, parce qu’au final, les journalistes et les artistes, les humoristes et les auteurs, ont tous le même problème. Si le diffuseur chouchoute une personnalité, il la chouchoutera dans ses émissions de fiction, de variété et d’informations. La personnalité aura plus de visibilité, fera plus d’argent, et au final obtiendra : du pouvoir. Et essayer, pour voir, de déplacer ces grosses statues de leur piédestal. 

“Le milieu est pourri.” Nous sommes le milieu. Nous ne sommes pas tou.t.e.s pourri.e.s, y’a du bois mort mais on s’en sort. Ce n’est pas le milieu le problème, c’est la machine. C’est la même machine qui perd des abonnements télé à chaque année parce qu’elle n’est plus capable d’innover. C’est la même machine qui n’arrive pas à ne pas faire douter la population de ces informations. C’est la même machine qui glorifie les agresseurs et rabaisse les victimes. C’est la même machine qui fait du placement de produit en minimisant les changements climatiques, parce que ça ne plaît pas aux spectateurs, aux consommateurs 

Quand l’institution est devenue plus grosse que les humains, elle finit par les freiner. La télé n’extiste plus que pour la télé. Les artistes doivent se réapproprier leurs œuvres comme les ouvriers leurs usines. 

Cette crise, c’est la même que partout ailleurs. C’est la même putain de hiérarchie phallocrate capitaliste et coloniale qui décide de toute tout le temps. C’est le bon vieux appât du gain qui fait que les fanatiques de l’argent sans talent ont trouvé le moyen d’en faire en exploitant des personnes qui en avaient, du talent, et qui en avait besoin, d’argent. 

Ce n’est pas celui qui a des meetings qui devraient avoir le gros bout du bâton, c’est celui qui fabrique et qui bûche. Les pousseux de crayons qui ne créent pas, ne devraient pas décider pour nous, ils devraient travailler pour nous.  

Si on comprenait ça, si on se réappapropriait le volant de notre propre voiture, ça se pourrait qu’on fasse de quoi de beau. Les artistes (et les journalistes) ont toujours été les moteurs du changement. Faire une révolution en télé, en culture, subordonner les producteurs à nos besoins plutôt qu’à ceux des publicitaires, ça pourrait être beau, ça pourrait être inspirant, ça pourrait faire des flammèches.

2 commentaires sur “La cris(s)e de (la) télé

  1. Vous m’aviez jusqu’à :  » Cette crise, c’est la même que partout ailleurs. C’est la même putain de hiérarchie phallocrate capitaliste et coloniale qui décide de toute tout le temps. » C’est dommage parce que votre argumentaire était solide, jusque-là. Mais, à moins que vous ne viviez sous une pierre, vous devez savoir que le milieu de la télé est écrit, réalisé, produit et en grande partie dirigé par des femmes avec des émissions majoritairement plus écrites par et pour les matantes que les mononc’. Mais, au moins, le 3/4 de votre argumentaire a de la valeur et de la maturité. Le reste, c’est assez bon pour partir un collectif « anti-homme-blanc-raciste-Québec-mauvais-colonialiste » chez QS. Dommage , quand parce que vous avez une bonne plume. En terminant, savez-vous qui est Marleen Beaulieu? Fabienne Larouche? Caroline Bernier? Marie-Lou Wolfe? Julie Schneider? Chantal Lacroix? Et j’en passe…Elles sont parmi les forces télévisuelles les plus puissantes au Québec, alors pour la phallocratie, on repassera.

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    1. Alors tout est bien écrit et intelligent, sauf la partie où vous n’êtes pas d’accord ? Mh. Serait-ce peut être parce que cela cause une rupture dans votre système de pensée à vous ? Parce que je ne vis pas sous une roche, je suis dans le milieu et je le vis.

      Mais merci d’avoir fait du mansplaining sous cet article et ainsi… d’avoir prouvé mon point ! 😁

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