Santé mentale sans t ça fait Sané Menale

Un moment donné à l’école de l’humour, y fallait que je quitte pendant un cours. J’avais envie de pleurer trop fort pour l’acoustique de la salle de bain. Je me suis dit, dans une école d’artistes, ils vont comprendre. Je suis quand même pas la première à quitter précipitamment parce que je suis en train de chercher mon air jusque dans l’fond de mes poches. Le lendemain, un prof m’a regardé avec des gros yeux.  « Piiiiis, c’est déjà guérit ta grippe ? » 

Je lui ai rappelé que y’avait plusieurs raison de se moucher. 

Ah les journées de sensibilisation à la santé mentale. 

Elles me laissent toujours entre le « yé on en parle » et « fuck qu’on en parle mal. » 

C’est souvent des journées où des phrases semi-profondes (« si ça va pas, dis le » ) côtoient des publicités où « une personne souffre de dépression en se frottant le front dans une maison de banlieue toute bien rangée » avec une narration qui dit « la dépression, c’est pas facile tsé ».  

C’est toujours bien beau et bien propre. C’est jamais sale et laid.

Comme nos yeux bouffis après avoir trop pleuré. 

Je n’ai jamais compris pourquoi le gouvernement diffusait à qui mieux mieux des publicités trop graphiques d’accident de voitures, de mycoses des ongles et de trachéotomies, mais qu’il ne fallait surtout pas, oh non jamais, représenter adéquatement les symptômes de la dépression, de l’anxiété, de la bipolarité…

Aller mal à la télé, c’est se pincer le front. Aller mal aux dires des intervenants qui passaient dans mes classes au secondaire, c’est penser au suicide. Et il y a tout ce vide d’informations et de représentations entre la petite déprime et la grande détresse. 

Moi on m’a dit : quand ça va un peu mal, va prendre une marche. Quand ça va super mal, va chercher de l’aide. Ça m’a pris du temps avant de savoir quoi faire entre les deux, quand le coeur me débattait juste un peu, quand je me culpabilisais juste assez d’avoir mangé trop de calories, ou quand je me lavais seulement 3 fois les mains de suite parce que j’avais peur de tomber malade. Maintenant je le sais, mais ciboire que j’aurais juste aimer voir quelque part mes symptômes de dépression et d’anxiété représentés et validés.

Les journées de sensibilisation à la santé mentale me font penser au jour de la terre. On publie une photo tout sourire sur les réseaux sociaux en s’assurant de cacher le laid. Une fois que c’est fait, on oublie l’enjeu. On y repensera l’an prochain.  

La santé mentale, c’est comme le climat. C’est pas parce qu’on en parle plus à la télévision que ça s’améliore. (Pis oui, c’est encore d’la faute aux riches.)

Il faut parler de la santé mentale avec plus d’honnêteté. Mais aussi, il faut en parler dans sa globalité. Comme on ne règlera pas la crise climatique avec des chars électriques, on ne peut pas guérir notre mal-être collectif avec de la camomille.

Parfois, il ne suffit pas seulement « d’en parler » , il faut payer son loyer. 

C’est bien beau se psychanalyser, c’est tout le système qu’il faut repenser. 

Même si on payait des thérapies et de médicaments à tout le monde, si on n’a pas le temps de vivre, le temps de dormir, de s’entraîner, si on n’a pas d’argent pour bien manger, d’éducation pour cuisiner, ça ne peut pas bien aller.

Le yoga et la gratitude, oui ça fonctionne et oui ça aide, mais si ton boss est complètement dingo et que tu es dans l’impossibilité de démissionner, ça se peut que la pose de la montagne n’arrête pas le tsunami de marde qui t’inonde. 

Il faut oui, faire dodo et boire de l’eau, manger bien et faire de l’exercice. 

Mais il faut surtout, surtout (!), détruire le capitalisme. 

C’est drôle han, Bell en parle pas dans ses publicités. 

C’est peut-être parce que je suis ben holistique ces temps-ci. Tout est dans toute pis toute. 

Anyway. 

Mon point c’est que tant qu’on va devoir brailler en silence dans les toilettes de la job qu’on haït, y va avoir du chemin à faire. 

En tout cas. Prends soin de toi. 

2 commentaires sur “Santé mentale sans t ça fait Sané Menale

  1. Encore une fois Coralie, aie que j’aime te lire. Je passe des larmes au rire, parce que tu parles des « vraies affaires », et que tu le fais avec une ironie qui sonne comme une bonne claque sur la gueule aux abuseurs. Tous tes textes ont des images pour nous faire passer par toutes les émotions, pour réveiller même les plus endormis, paresseux, inconscients, trop gâtés…

    Je suis de ton avis… capitalisme vicieux… où la phrase « L’argent mène le monde » est acceptable, pendant que « Le monde devrait mener l’argent partout où il y a de la souffrance »…

    Je crois que présentement, nous vivons à l’époque que j’appelle « Pré-humaine ». Mais des personnes jeunes et courageuses comme toi me donnent espoir que bientôt, le changement vers un vrai monde « humain » sera possible?

    Oui, honte de la sale vérité. As-tu remarqué aussi que jamais on ne voit de publicités à la télé pour stopper tout ce qu’endurent les enfants battus… J’en ai vu pour les femmes battues il y a quelques années, et enfin on en voit pour les abus sexuels sur enfants, femmes et hommes… Pourtant, selon une étude très sérieuse du Canadian Medical Association Journal de 2014, « un canadien sur trois victime de violence ou d’abus dans son enfance ». Donc gros méga problème de santé publique… et si on facilite la maltraitance de nos enfants, devenus adultes, ils seront sourds à la souffrance des autres et nous traiteront eux aussi comme des déchets à notre vieillesse… d’ailleurs ceux qui sont les plus martyrisés par la covid présentement.

    Je te dis tout ça… parce que je t’avoue que j’ai moi-même fait 15 années de tentatives de suicide… de l’âge de 20 ans à 35 ans… et des années de boulimie où je me faisais vomir jusqu’à 5 fois par jour… Et une période où je pleurais tellement (je n’ai jamais accepté de prendre les pilules offertes par une psy) que je me suis retrouvée avec des galles sous les yeux… Mais je préférais avoir des yeux de crapaud plutôt que de me geler l’esprit. Il fallait que je trouve des solutions viables, dans un monde trop souvent invivable.

    Et puis j’ai cherché de l’aide tout partout… et laisse-moi te dire, elle est rarissime, quasi inexistante. Il faut accepter d’être une mendiante au 21e siècle lorsqu’on n’est pas né dans la ouate.

    Mais je me dis que… tant qu’y a de la vie, y’a de l’espoir! Et ton texte en est le parfait exemple. Bravo et merci!

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