C’est Juste Pourri….

En guise d’introduction : Avec le collectif Wake Up Calice, on a organisé deux manifestations dans le cadre du procès de Gilbert Rozon. On a décidé de protester parce qu’on était trop indignées d’apprendre que les avocats de la défense avaient demandé combien de boutons avait la chemise de la victime…pour une histoire qui remonte à 40 ans. Ce procès-là, c’est juste l’exemple parfait de l’absurdité de notre système de justice. D’autant plus que cet esti-là poursuit deux de ses victimes en diffamation. Bref, à la première manif, c’était la plaidoirie de la défense. J’pas rentrée. Paraît que les deux avocats ont parlé 5 heures de temps pour traiter la plaignante de menteuse, grosso modo. C’est pas surprenant, l’avocat de Rozon maître Poupart a aussi représenté Guy Turcotte, pour vous donner une idée de sa feuille de route de moralité de marde. À la deuxième manif, c’était la plaidoirie de la Couronne. J’suis entrée. Pis là, me v’là, à commencer mon texte pour vra’. :

Avez-vous déjà assisté à un procès ? C’est tout à fait plate et fascinant à la fois. Dans la plupart des cas, si l’accusé a de l’argent, ses avocats mangent la Couronne toute crue pour déjeuner. C’est le système qui est fait comme ça. Les bons et les très bons vont au privé, les moins bons au public. Bien sûr ce n’est pas systématique, mais …c’est systémique. La Couronne défend les intérêts de l’État avec un salaire de l’État. Le prix de la justice au Québec ? Un salaire de fonctionnaire. 

(Oh mais n’ayez crainte, si votre agresseur est pauvre, vous avez peut-être une chance de le voir derrière les barreaux, car l’aide juridique, c’est la coche en dessous, la coche communautaire du service public.)

Même si je savais déjà que tout le système judiciaire n’était qu’un mauvais spectacle (ils sont en costume, ciboire, à réciter un jargon que personne ne comprend) je n’avais jamais pu y assister de si près. Je ne savais pas que ça allait faire si mal.

Honnêtement, j’y allais au début avec l’idée, l’envie, de cheerer l’avocat. J’aurais voulu que ça se passe comme dans les films, que les méchants ne gagnent pas. J’avais envie d’y aller avec une grosse main #1 en styromousse pis d’encourager the Crown dans les estrades :

« Aweille ! Let’s go Maître ! Dis-y à la juge que Rozon est coupable, donnes tout ce que t’as ! »

Mais finalement de le voir pas comme dans un film pantoute : bancal, la tête dans ses notes, bégayant des phrases incomplètes, des idées pas claires, des choix de mots étranges, des anecdotes bizarres pour expliquer son point flou, devant les trois avocats salivant de Rozon. Le voir plaider maladroitement pendant une heure de temps pour répliquer à une plaidoirie de la défense qui avait duré 5 heures.

1 heure ver-

-sus. 5 heures 

Je dis ça. Faut pas lui en vouloir à la Couronne. Il a d’autres dossiers le pauvre coco. Il n’est pas payé des milliers de dollars de l’heure à consacrer exclusivement son travail à un seul dossier. Et puis, ce n’est pas l’avocat de la plaignante, la Couronne, il ne fait que défendre l’intérêt de l’État. Et depuis quand l’intérêt de l’État, c’est les femmes ? 

C’est dur de mettre des mots juste sur les émotions que m’a fait vivre cette connerie que les cons pointent quand ils gueulent “y’a un système de justice pour çaaaaa !”. 

C’est dur de voir que la plaignante, les survivant.e.s de Rozon, toutes les victimes d’agression ever, repose sur ce gars-là, un fonctionnaire bancal avec des feuilles lignées mélangées.

Malheureusement, la juge ne peut pas ignorer tout le travail présenté par les avocats, y aller avec son guts et condamner l’accusé parce que sa face lui revient pas. Nenon. C’est pas de même que ça marche. C’est pas comme ça que le saint système centenaire est fait. C’est celui qui est le meilleur dans son exposé oral avec les meilleurs arguments qui gagne le dossier. C’est pas la justice qui gagne, ni la vérité. C’est le meilleur parleur qui gagne le prix de celui qui a le mieux parlé. Et anyway, avec le beau sourire avec lequel la juge a dit “Bon après-midi M. Rozon”, je ne serais pas surprise que sa position soit déjà assise sur un acquittement…et une couple de millions.

QUIZ EXPRESS : De quel côté se trouve le meilleur parleur ? 

INDICE : Du côté du meilleur salaire ! 

Et de juste voir encore une fois, de réaliser encore une fois, que c’est l’argent qui mène le monde. 

Je le savais déjà bien sûr, on ne naît pas anarchiste, on réalise peu à peu que toute la base de notre système est pourrie et là on a envie d’y crisser le feu. On sait que ça s’écroulerait vite, c’est pas faite solide. 

Mais là de le voir encore cette merde de “système” à l’oeuvre, live, dans ma face, en direct, CORALIE ÉTAIT LÀ, et de se fâcher. De se demander pourquoi personne en parle. Regarder les journalistes avec des gros yeux fâchés. C’est de leur faute. Pas par leur silence nécessairement, mais par leur incompétence. ‘Sont pu capables de créer du contenu intelligent qui dépasse les 140 caractères de Twitter. Ils commentent l’actualité comme une course de chevaux. La dernière fois que j’ai appris quelque chose en écoutant le Téléjournal, c’était la date d’aujourd’hui parce que je pensais qu’on était le 16 mais on était le 18.

Je reviens toujours à la marde, vous m’excusez, il n’y a rien de plus universel, mais pensez-vous qu’on laisserait le système d’aqueduc atteindre le dixième de la déficience du système de justice ? Ne pensez-vous pas qu’on réagirait plus vite que ça, en voyant que le système laisse s’échapper des étrons partout ? 

Me semble c’est l’temps en esti de flusher, faire eau neuve. 

En guise de beubye : On retourne manifeste mardi prochain le 15 décembre à 14h00. Ça serait l’fun tu y sois. Ça serait l’fun être beaucoup, pour qu’on demande tout le monde ensemble une réforme du système de justice tu suite. Ça pue juste trop. 

4 commentaires sur “C’est Juste Pourri….

  1. Votre texte me fait tellement… mais tellement de bien… merci, bravo, félicitations, je manque de mots. Je me suis abonnée à votre site. Merci. Merci. Pour ma part, je suis notamment une victime d’un bourreau d’enfant handicapée à vie, qui a également subi une intrusion de nuit en 2006 par un autre individu, jugé coupable au recto du document, et absolution inconditionnelle au verso du même document… 4 années d’enfer au pénal pour avoir un minimum de protection… sur mon petit site, vous trouverez mes complaintes à notre système judiciaire, dont un enregistrement sonore des intervenants de notre système d’Autruches qui ressemble au 12 travaux d’Astérix… la maison des fous. Encore une fois, merci à vous, vous avez une intelligence et une humanité exceptionnels. Merci.

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  2. Merci Coralie d’être là pour celles, comme moi, qui sont faces contre terre. Je suis sévèrement handicapée, 60 ans. Sans quoi je serai debout à vos côtés en guise de solidarité pour manifester ma rage, mon indignation que je partage avec vous. Quand j’obtiendrai mon fauteuil roulant motorisé je me joindrai à vous. Aujourd’hui j’ecrivais à la Presse à M. Ouellette-Vezina concernant la demande de libération de Valery Fabrikant. Ce monstre. Voici mon texte.

    Bonjour,

    Je ne peux même pas croire que notre système laxiste de justice puisse même envisager de libérer ce monstre un jour.

    C’est impossible. Un irrécupérable. Un fou. Un dangereux. Cet homme libre serait pire que de lâcher une bombe.

    Nous ne sommes plus en sécurité au Québec et au Canada avec un système de justice aussi déficient.

    C’EST TOTALEMENT ABSURDE!

    En ce début de décembre. Je fête mes 60 ans dans une pauvreté sans nom. Dans la solitude la plus complète. Résultat d’une vie de violence familiale. D’inceste. Des crimes incessants tout au long de ma vie. En guise d’intimidation afin d’étouffer les preuves au sein de ma famille de salles criminels, d’abuseurs sexuels. Des crimes que le système de justice persiste et refuse de reconnaître. Protégeant du coup mon bourreau de père d’accusations au criminelle. Et ce malgré des preuves accablantes et des témoins encore vivants.

    Mon anniversaire était hier, le 8 décembre. Cette année il a été tout particulièrement cruel. Chaque année on commémore la mort de John Lennon homme de coeur et pacifique. Puis inévitablement le carnage de la polytechnique. Mais cette année marque toutes les batailles inutiles des victimes de toutes les formes de violence. Un échec sans nom.

    Il n’y a jamais eu autant de victime de violence physique, psychologique, de victime d’agression sexuelle, de femme victime de meurtre… 

    La pandémie sera un aggravateur.

    31 ans ont passé… Et font places au désespoir pour les victimes plus meurtries comme moi. Moi c’est au quotidien que je paie le prix.

    Je meurs un peu plus chaque jour…DANS UNE ULTIME SOUFFRANCE ET SOLITUDE.

    DANS LA TOTALE INDIFFÉRENCE…

    Rien, non rien n’a changé pour les victimes.

    Que l’on ignore toujours. 

    L’aide est où??????

    On parle que de violence conjugale. Jamais des victimes d’agressions sexuelles ni de violence familiale. Toutes aussi souffrantes et dangereuses.

    Et laissez parler les victimes au lieu des portes paroles.

    Ce serait le minimum de respect que l’on nous laisse la parole à nous.

    ET PLUS SOUVENT…

    La justice ne fait toujours rien de bien concret pour sauver les femmes qui continuent d’en payer le prix de leurs vies. Même si nous ne sommes pas toutes décédées. Ça ne veut pas dire que nous ne sommes pas perpétuellement en danger et libérées de la criminalité. Et que l’on ne souffre pas.  

    Si personne n’intervient. Et c’est trop souvent l’impunité envers les criminels.

    Comment la violence et la criminalité peut elle cesser?

    La justice n’est toujours pas plus au rendez-vous après 31ans. L’aide aux femmes est inexistante dans les faits.

    Personne n’en parle. On radotte ad nauseam qu’il y a des ressources.

    Les vraies victimes vous le diront…

    Bullshitt… C’est faux. Des miettes… 

    Malgré #Metoo, malgré Juripop, S.O.S Violence Conjugale ne suffit plus à la tâche… Les ressources débordent. Trop peu. Trop tard.

    Combien de victime cela prendra encore avant que l’on investisse et change des lois afin de nous redonner nos droits?

    Puis les victimes on crève dans la rue, dans la pauvreté, dans la solitude trop souvent. Quand on poursuit sa famille pour crime. On en a plus de famille…

    Moi je n’ai plus rien.

    Cela veut dire concrètement que quand une femme est en danger.

    Elle ne reçoit plus d’aide…

    On ne peux plus nous répondre…

    LES RESSOURCES SONT PLEINES.

    À S.O.S Violence Conjugale. C’est pourtant le cas.

    Une ressource d’URGENCE.

    Quand on est en danger…

    C’est INACCEPTABLE.

    Les travailleurs sociaux ne répondent plus à notre immense détresse, notre solitude, notre découragement non plus. Ils nous jugent. Ça c’est le bout du bout…  

    Fabrikant lui ne vivra jamais cela, tout ce stress, cette pauvreté, cette humiliation, la culpabilité. Lui on répondra à sa détresse. Ce monstre.

    Comme criminel il aura un suivi rigoureux et recevra des soins… Que les victimes n’obtiennent jamais.

    Et sa victime n’aura aucun droit de regard sur sa libération. Les morts ça ne parle pas…

    On a aucune bienveillance pour les victimes. On se débarrasse de nous avec indifférence et mépris dans le système. Comme si nous étions les coupables. On ne saurait tolérer cela davantage. Autant d’ignominie.

    Si notre agresseur ne nous a pas enlevé la vie. Le système lui est en train de nous abattre comme des chiens.

    Après 60 ans d’enfer. Je constate que ce sont toujours les victimes qui font les sentences et paient toujours le prix du laxisme de notre incompétent système de justice qui bafoue nos droits pour préserver ceux des criminels.

    Une bataille sans fin, épuisante, inutile contre la violence faite aux femmes.

    Qui viendra à bout même des plus courageuses. À force d’acharnement contre elles et des conséquences de l’injustice et de la corruption.

    On perd notre temps.

    On protège uniquement les criminels.

    31 ans après la polytechnique.

    Rien n’a véritablement changé.

    J’en suis la preuve vivante.
    Nous en sommes les preuves, Sylvia, Patricia, les courageuses, vous et moi et combien d’autres…

    À ce compte je serai mieux morte.

    C’est comme me garder en vie pour me rappeler constamment que je ne suis rien, qu’une femme, que je n’ai aucun pouvoir sur ce système maudit qui va tout faire pour m’enlever mes droits et toute forme de dignité. Et contribue à ma souffrance.

    Il a la main sur l’épaule des criminels.

    C’est sur l’épaule des victimes que cette main de la justice doit être.

    Un système de justice qui persévère d’encenser les pires criminels au lieu de reconnaître les odieux crimes contre leurs victimes. Et est fier de clamer qu’il est juste et droit.

    Un système corrompu.

    Ce qui me permet de comprendre. Que les odieux crimes sexuels commis contre moi ne seront jamais reconnus. Et que l’on continuera de me détruire. Pour préserver les droits et la réputation de mon bourreau de père incestueux et ex-policier de Montréal. Et ce même au-delà de sa mort. Il gardera plus de droit que moi devant notre système de justice. Même si je peux encore faire la preuve des crimes.

    Tôt ou tard Valéry Fabrikant sera libéré. Ce cinglé.

    Car ce pourrit a plus de droits que sa victime décédée.

    Et tout particulièrement lui. Il les fera valoir… Un fin manipulateur ce Fabrikant. C’est le diable en personne.

    Libérons le. Vous assisterez à un massacre…

    Au nom de la justice et des droits de la personne. On mettra la population en danger pour ce fou.

    Pinel est le seul endroit après la prison pour lui qui serait légitime.

    Mais on va le libéré… un jour…

    On est imbécile à ce point au Canada.

    Le plus dommageable. C’est ce que l’on ne voit pas.

    On installe lentement mais solidement le désespoir auprès des victimes. Qui cesseront de dénoncer.

    C’est surtout cela le véritable drame.

    Les dommages collatéraux… à un système déficient de justice.

    Et puis moi qui va me venir en aide?

    Et quand puis je espérer avoir droit à la justice?

    60 ans d’enfer ce n’est pas assez…

    Croyez vous que je ne le mériterais pas plus que lui… D’être enfin libérée, moi…

    Louise Marchand

    Turquoise-mer@hotmail.com 

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    1. Madame Marchand, votre texte est extrêmement lucide et déchirant à la fois… Je suis de tout coeur avec vous… aucun sens ce que vous vivez! Merci d’avoir partagé votre vécu… J’aimerais avoir une baguette magique pour vous apporter la réparation que vous méritez tant… courage! xx

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