Le bruit des ventilateurs

Le bruit des ventilateurs. 

Dispersés un peu partout dans la maison pour faire des courants d’air. 

Le vent fait bouger un cadre mal posé sur le mur, des petits toc toc toc incessants. 

J’ai décroché le cadre. Il traîne quelque part dans une doom pile de ménage. 

Je l’attaquerais un jour, peut-être. 

Avant, je faisais mon ménage au printemps, quand il faisait frais, mais soleil ou parfois beau, mais gris. 

Le printemps n’existe plus vraiment, comme les pantalons de qualité qui ne déchirent pas de la fourche. 

J’ai toujours préféré les entre saisons, qui sont en train de disparaître au même rythme que les glaciers. Le printemps est devenu un hiver fucké et un été hâtif. L’automne est devenu un long été chaud et un hiver gris. La saison d’être bien en coat de jeans ne dure plus que trois jours. 

C’est le début de ma dépression saisonnière à moi. Parce que je n’ai pas de chalet, parce que je n’ai pas le budget de quitter le béton de la ville, et puis de toute façon, il faudrait d’abord que j’arrive à dénicher une Communauto en me battant à mort avec un végane à temps partiel de Villeray. 

C’est le début de ma dépression saisonnière de barmaid qui voit le soleil se lever quand elle vient de rentrer. Les oiseaux chantent bon matin alors que j’ai envie de leur pitcher des roches, bon débarras. Mais je suis un petit vampire qui aime la biodiversité, alors je me retiens. Je finis toujours par m’endormir un moment donné, pour ensuite me réveiller en sueur dans ma chambre qui surchauffe quand plombe le soleil de midi. 

L’été c’est fait pour jouer, mais pour la fille du restaurant c’est la sueur pis les clients. 

Je nage dans cette classe de personnes privilégiées, mais pauvres, qui jonglent entre plusieurs emplois et petits contrats pour vivre de leur passion. Libre du 9 à 5, je reste enchaînée au stress financier mêlé à l’éco-anxiété qui ne cesse de faire jouer la même cassette dans ma tête : est-ce vraiment important, une retraite ou je ne me rendrais même pas ? 

Quand je ne travaille pas au bar, j’écris en dedans. Je pourrais écrire dehors, mais j’haïs écrire dehors. Mon ordinateur n’a pas d’autonomie de batterie, ma vessie n’a pas d’autonomie de stockage et ma peau brûle au soleil. Je regarde les belles journées passées dans mon salon en me promettant d’aller prendre une marche, plus tard. 

Les réseaux sociaux sont remplis de photos de chixes qui vivent leur best life. Elles rient en mangeant de la salade sur un bateau à moteur qui pollue les lacs de la Belle Province. Je les envie en les maudissant. Leurs sourires me glacent le sang. J’ai de la misère à me réjouir d’une canicule au mois de mai. 

Une chance qu’il y a le vélo, c‘est la seule chose que j’aime de l’été, les balades en vélo. Surtout la nuit, quand les rues sont vides et calmes. Mais le vélo m’amène sur la route avec les voitures et je déteste les voitures. Ces chars stationnés dans la piste cyclable, ces moteurs qui vous chauffent les cuisses à la lumière rouge, ces automobilistes qui vous engueulent dans leur tonne de tôle qui manquent de vous tuer. Et quand je suis bien fâchée de m’être fait coupée pour la centième fois de l’été, je me demande pourquoi je ne me promène pas avec une douzaine d’oeufs dans un p’tit panier, prête à les lancer sur les malfaiteurs qui apprendront peut-être enfin à conduire si on touche à leur précieuse bagnole. 

Feux de forêts, records de chaleur, inondations. Les terrasses ouvrent alors que je m’enferme. Si je me mets à boire une bière, il me faudra le baril. Je redoute cet été de mes cauchemars que je sais finira bien par arriver. Un été si chaud que l’électricité fout le camp, les climatiseurs pètent, les morts s’accumulent. Les autoroutes bloquées par ceux qui veulent fuir la chaleur de la ville et ceux qui veulent fuir les feux des forêts. C’est qu’en tant qu’autrice, je ne vois pas les statistiques des scientifiques comme des chiffres, insensible. Chaque nouvelle est une histoire, chaque drame est un décor, chaque avertissement est une réalité. 

Et ça me terrifie. 

Une chance que c’est la saison parfaite pour se bourrer la face dans la crème glacée.

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