La prison est une drôle de patente à gosse.
Ça fait tellement longtemps que ça existe, on pense que ça fait partie des meubles.
Il faut des prisons comme il faut que le soleil se lève le matin.
J’pense pas que la prison était supposée être une prison non plus à la base.
T’allais au cachot attendre ton procès slash ta sentence.
Un vol = une main, bonne journée, retournez travailler.
Une vie = une vie, messieurs dames, venez voir ça sur la place publique.
T’étais pas vraiment supposé chiller-là.
Pis un moment donné, on a arrêté de couper des mains, on a arrêté de tuer du monde, pis on est resté pogné avec les grandes cages de métal installées un peu partout sur le globe, fait qu’on les a gardées.
En gros, le système carcéral et punitif est vieux comme le monde : fais pas ça, sinon il va y avoir des conséquences.
L’affaire avec ce système-là, c’est que ça n’a pas été fait pour punir des personnes par rapport aux gestes qu’elles ont commises, mais bien par rapport à qui était victime de leurs gestes.
Si tu t’attaquais à la propriété privée d’un quidam : oh no, c’est pas correct.
Si tu t’attaquais à la propriété privée d’un bourgeois : qu’on lui coupe la tête !
Si tu t’attaquais à quelqu’un : ça dépendait du quelqu’un.
Le système carcéral/punitif a été implanté par les personnes au pouvoir. J’vais sonner comme une vieille cassette mais vous l’avez deviné : par des hommes, blancs, riches.
Pendant longtemps, tu pouvais battre et violer ton esclave, donner de coups de ceinture à tes enfants, faire une tite vite à ta femme pas consentante pis le curé te donnait une tape dans l’dos pour te féliciter de ton bon rôle dans la paroisse.
On se foutait bien de l’avis des personnes qui subissaient le geste, alors il n’y avait pas de victime. Pas de victime, pas de crime ! Tout est tigidou !
C’est encore ça aujourd’hui. La punition est à degré variable, ça dépend de la victime et on considère encore que no matter what : punir c’est la chose à faire pour répondre au mal qui a été commis.
Mais là, on est dans les années 2000. On peut googler des informations sur le band préféré de notre date aux toilettes pour l’impressionner. On paye pu nos taxes avec des sacs de farine. Les temps ont changé. On devrait pu avoir ces vieux réflexes là de punition, de prison, de conséquences, de “c’est peut-être grave… mais ça dépend d’la victime”.
Dans ce nouveau monde, on vient tout juste de réussir à démontrer, par exemple, qu’une agression sexuelle, ça n’incluait pas toujours un coït. Que l’agresseur, ce n’était pas toujours un méchant inconnu dans une ruelle. Mais on a toujours pas réussi à sortir du dilemme de la victime. Il en faut absolument une et il faut qu’elle soit parfaite. Une victime d’agression sexuelle, faut que ça soit comme dans les films : faut que ça pleure, faut que ça se rémémore la scène dans sa tête un millier de fois, faut que ça veuille déchiqueter le pénis de son agresseur avec ses dents.
Pas de victime, pas de crime, tout est tiguidou !
Je comprends à 120% les femmes qui disent ne pas vouloir être étiquetées comme une victime. Hey, je comprends les personnes qui ne veulent pas être étiquetées ‘dans vie, point.
L’affaire, c’est qu’il ne devrait pas y avoir de besoin de se sentir comme une victime pour dénoncer quelque chose de pas correct.
La personne qui se fait frauder sa carte de crédit de 20$ et qui n’y pense même plus le lendemain ne se sent pas comme une victime, mais elle a quand même vécu un crime.
Et la twist abolitionniste, c’est qu’on ne devrait pas se tourner automatiquement vers une “punition” non plus lorsqu’il arrive quelque chose de pas correct. Des conséquences, de l’imputabilité oui. Mais l’idée de “punir” est vieille et dépassée, comme porter des lunettes de Kanye West dans un party.
Non, je ne suis pas down avec la cancel culture. Honnêtement, je ne connais pas beaucoup de féministes d’accord avec ça non plus. Et non, je ne suis pas la première féministe à brûler métaphoriquement ma brassière pour répéter le message qu’il faut miser sur la prévention des actes, la sécurité des femmes et l’abolition de la culture du viol qui banalise ces violences.
Ça me fait pas un pli su’a p’tite lèvre qu’un cancellé revienne. Mais avant de parler de réinsertion, il faut mettre en place une série de mesures pour assurer le bien être de toustes. L’affaire que je trouve particulièrement injuste et fâchant, c’est que si une femme ne se sent pas à l’aise avec lui sur le plateau, dans une loge, elle est encore réduite au silence. À qui pourrait-elle signifier qu’il est déjà arrivé quelque chose de pas cool et qu’elle ne veut pas devoir travailler avec ? Aucune instance n’a été érigée dans le milieu depuis #MeToo. Et si lui rapporte plus d’argent qu’elle : c’est lui qui va gagner, c’est elle qu’on va tasser. On le sait que le milieu fait ça. On l’a vu avec Philippe Bond, entre autres.
Et ça pour moi c’est un gros what the fuck. Parce que si lui veut vivre de son rêve, fine.
Mais les femmes ont le droit de pratiquer leur métier avec le même respect et la même dignité.
Je ris jaune quand les gens vantent les “nuances” de l’article de La Presse. Et là, je ne parlerais pas de l’intention des autrices de l’article, j’pas dans leur tête, mais les répercussions médiatiques que ça a eu sont déjà désastreuses et elles ne sont pas en nuance. Un chroniqueur télé bien connu parle d’une carrière “scrappée par du militantisme”, un animateur de radio s’époumone à coups de “chasses aux sorcières !”, “d’accusatrices vengeresses”. J’ai vu des personnalités publiques, qui font elles-mêmes face à des accusations, partager l’article comme un trophée, avec l’intention presque pas cachée de VOYEZ ? C’EST TOUTES DES FOLLES !
On a reculé hier comme j’ai jamais vu reculer le mouvement féministe comme ça icitte.
Alors qu’il n’y a toujours rien en place pour prévenir ce genre de comportement et protéger les femmes, pensez-vous que soudainement le milieu va vouloir mettre de l’énergie là-dessus maintenant que VOYEZ ? C’EST TOUTES DES FOLLES !
J’ai mal au cœur.