J’essaie de sacrer moins, mais j’ai beau penser à différents synonymes pour exprimer mon émotion, il y en a peu qui arrive à la cheville de “décalissante” :
La campagne électorale est décalissante.
La Reine d’Angleterre meurt là-bas et on suspend une journée d’activités électorales ici. La démocratie s’est pris une p’tite pause kit kat pour que les nationalistes laïcs se recueillent sur un symbole de monarchie de droit divin devant les kodaks de Radio-Canada.
La CAQ dit que l’immigration est suicidaire, mais son plan vert ne le serait pas. François Legault refuse d’accorder aux villes l’argent qu’elles demandent pour s’adapter au réchauffement climatique. Il préfère, j’imagine, utiliser les sacs de sable pour se patenter un mur au chemin Roxam.
Le français prend plus de place dans la campagne que la pauvreté et même s’il est regrettable de ne pas se faire servir en français au restaurant, il me semble bien qu’il y a pire, comme de ne pas pouvoir manger tout court.
(Et ça, c’est si on a les dents pour mâcher, parce qu’on a balayé du revers l’enjeu de l’assurance dentaire assez rapidement merci. Faut croire que la seule couronne d’intérêt national se trouvait à Buckingham)
Éric Duhaime ne paie pas ses taxes, mais les paysans lèvent leur fourche que lorsqu’une solidaire subtilise un dépliant.
Les mieux nantis se sentent attaqués. “Québec Solidaire s’en prend aux riches !” Comme si on ne faisait pas la guerre aux pauvres en envoyant la police démanteler des camps de personnes en situation d’itinérance et en vidant leurs effets personnels dans les vidanges. C’est bien connu, les riches chouchoutent les pauvres, quand ils les traitent de Sale B.S. ou qu’ils rénonvincent une famille monoparentale de leur nouvelle acquisition surévaluée.
Pas besoin de faire leur part, voyons, les riches contribuent amplement à la lutte environnementale, leur bac de recyclage est plein à chaque semaine ! S’ils ne veulent pas payer leur juste part maintenant, peut-on au moins les avertir que dans les camps de réfugiés climatiques, ils n’auront pas le droit à une portion supplémentaire parce que “Meuh-sieur” portait des toges pour gagner sa vie ?
La CAQ imite le marketing de Québec Solidaire pour un pamphlet-bonhomme-sept-heure contre la taxe orange, c’est légal. Québec Solidaire informe les étudiants sur leurs droits de changer leur adresse électorale pour leur campus, c’est illégal.
De vieilles maisons patrimoniales des Îles-de-la-Madeleine disparaissent dans l’océan en apportant avec elles l’espoir d’aborder les conditions de travail des infirmières et la crise du logement avant la fin de la campagne.
Les études fantômes sur le troisième lien font jaser, alors que les femmes assassinées par leur conjoint pendant les élections sont oubliées comme un vieux sac de bébés épinards dans le fond du frigidaire.
Y’a des gens à qui j’ai pas été capable de parler pendant les élections. Je connais leurs allégeances et ça me décourage. Je sais bien qu’il faudrait tous commencer par convaincre notre entourage de voter du bon bord, mais après m’être fait traiter de sale woke sur les réseaux sociaux, j’avais envie de pouvoir dire ‘’Passe-moi l’beurre’’ à Noël sans avoir un morceau de rancune pogné entre les dents.
J’ai pas fait de porte-à-porte avec Québec Solidaire. Parce que mon p’tit cœur de militante pas-tout-à-faite remise de son burn out se sentait pas la force de convaincre un péquiste avec le sourire. « Oui mais l’environnement c’est pas plus important que l’économie et il faut accueillir moins d’imm… »
OH PIS SOYEZ DONC RACISTE PIS PLEUREZ PAS SI J’VOUS EMBARQUE PAS DANS MA CHALOUPE AU PROCHAIN CATACLYSME !
La droite monte. L’extrême-droite monte. On se réjouit d’un 20% peut-être-d’un-coup-que-si-toutes-les-planètes-sont-alignées solidaire, alors que 80% de la population préfère des partis qui prônent l’austérité dans un monde en train de chier.
Vous rappelez-vous quand on a vu la COVID arriver en Italie ? On l’a trouvait encore bien loin vu d’ici. Maintenant que la droite s’y est installée, il me semble qu’on pourrait commencer à s’mettre aux gestes barrières…
Les élections m’ont fatiguée. Je me demande bien comment on va s’arranger pour changer la culture de notre société. La même société qui capote à l’idée de voir de nouveaux épisodes d’Un gars et une fille.
Je me demande bien comment on va s’arranger, mais j’ai pas l’temps d’y penser vraiment, il faut le faire tout simplement. Parce que y’aura rien de régler aux élections, pis on aura pas le temps d’attendre les prochaines. Il va falloir se revigorer comme on peut, comme des marathoniens qui prennent une boite de jus su’l fly.