10 ans de…

Il y a 10 ans, on élisait la première femme première ministre du Québec : Pauline Marois. Bon, les larmes aux yeux qu’aurait pu susciter ce pétage du plafond de verre ont vite pris le bord quand on a vu les politiques populistes que son parti offrait, mais quand même, il y avait dans l’air quelque chose comme du progrès. Bon, pas vraiment du progrès parce que c’était le PQ et que le PQ était déjà vieux, et que le PLQ avait été proche de gagner, mais mon p’tit cœur de bébé gauchiste avait quand même sauté de 12 pieds quand Charest a perdu dans son propre comté. Les p’tits bonheurs. 

Il y a 10 ans, les élections mettaient officiellement-genre fin à la grève étudiante. J’avais pas pu voter, j’avais 16 ans. Mais toute cette année-là avait été sacrément politique. Je l’avais passée dans les rues avec mes amies à scander des slogans, à voir le monde se mobiliser, à trouver ça beau. À la télé, des artiss disaient nous appuyer pendant que d’autres clowns se vantaient d’avoir passé dans une manif avec leur char. C’était plein de défauts, mais c’était beau. C’est possiblement les gaz lacrymogènes qui m’avaient monté à la tête pis amené à toute exagérer, mais me semble que y’avait quelque chose dans l’air qui nous disait qu’on était peut-être pas condamné à des politiques néo-libérales pour l’éternité. Hey, en deux ans, on avait quand même arrêté une hausse des droits de scolarité pis l’exploration des gaz de schiste au Québec, c’est pas rien pour un p’tit peuple. 

Il y a 10 ans, je savais bien que le PQ n’était pas le messie, que Léo Bureau-Blouin était un vendu pis que le combat n’était pas terminé, mais j’avais comme le sentiment qu’on allait prendre une p’tite pause pis recommencer. Les gens qui allaient obtenir leur diplôme après ce parcours rocambolesque allaient certainement avoir la rage au ventre pour tout révolutionner, les partis allaient être transformés, la culture aurait shifté, la jeunesse avait parlé ! 

10 ans plus tard. Une autre élection. J’ai 26 ans. Je peux voter maintenant. Le PQ est presque mort, tant mieux. Le PLQ tire de la patte, tant mieux. QS va mieux, mais pas tant. C’est plutôt la CAQ, le parti qui avait vécu ses premières élections en 2012, qui va sortir grand vainqueur au scrutin, encore, pour un deuxième mandat. Nouveau parti déjà vieux. Les politiques néolibérales ne sont pas mortes, elles sont sur les stéroïdes. C’est le combat entre la droite et l’extrême-droite, le racisme et l’extrême-racisme, le climato-scepticisme et l’extrême climato-scepticisme. En ces débuts d’élection, c’est 99 sièges qu’on prévoit pour la Coalition (lol) Avenir (lol) Québec (et relol). 

Les Cowboys Fringants ont sorti d’autres tounes depuis qu’on a écouté leurs albums sur repeat sous la pluie froide du mois de mars. L’Amérique Pleure a gagné chanson de l’année à l’ADISQ en 2020. En 2022, on prévoit 99 sièges pour la CAQ et on se demande ben qui a écouté les paroles. 

10 plus tard. Les vedettes ne dénoncent plus rien dans les galas, trop contentes d’être dans un gala. Ça fait du bien de s’voir pas de masques ! Qu’on va dire au public pendant que les hôpitaux débordent. Les clowns ne foncent plus dans les manifs avec leurs chars, il n’y a plus de manifs et ce ne sont plus des chars, ce sont des VUS, monsieur. 

Ou Madame! Ou ON SAIT PU CES JOURS-CI HAN ON PEUT PU RIEN DIRE !

Mais, vous n’avez jamais rien dit, monsieur. 

Tout le monde est fatigué. La première pandémie des dizaines annoncées par les Cowboys a fessé fort. L’épicerie est chère, les loyers sont chers, la crise climatique est déjà pas pire hors de contrôle et les gens sautent à pieds joints dans un gouvernement néo-libéral majoritaire qui ne fait rien pour l’épicerie, rien pour les loyers, rien pour le climat. Et somehow les gens risquent de blâmer tout ce qui s’en vient sur les jeunes qui ne veulent pas travailler et les wokes qui ont toujours quelque chose à critiquer. 

Je me demande où est passé ce vent de changement que j’avais senti au printemps il y a 10 ans. J’ai senti son parfum un bref moment au début de la pandémie, quand le monde s’est arrêté, quand les gens chantaient sur leur balcon et applaudissaient les infirmières. Mais le monde a recommencé, les industries se sont remises à polluer, les gens ont recommencé à travailler et cette douce odeur a disparu sous une tonne de bitume et d’axe cheap que l’on sent même sous le plus efficient N95 de la god damn planète.  

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