Une p’tite vague de COVID estivale qui s’installe alors que personne n’en parle. La
petite voix rauque et la toux qui dure en trame de fond. Ça va, ça va, la vie continue.
Ça va. Pas moyen de trouver un appartement à prix raisonnable et/ou salubre où se loger mais ça va.
Ça va. Dans le rush à ‘job parce qu’on est short staff, mais ça va.
Ça va. J’attends toujours pour mon opération parce que les hôpitaux vivent dans un monde où la COVID existe encore, mais ça va.
Ça va. J’ai pas vu de psy depuis que j’étais en solide détresse pendant le confinement, mais j’ai vu Charlotte Cardin en concert, ça va.
Ça va. La phrase banale des gens fatigués. Le Ça va rempli d’empathie de la pandémie est parti, le Ça va expéditif est revenu. Ça va…
Aller mal quand tout le monde allait mal, c’était compréhensible. Aller mal quand plus personne n’a besoin de mettre le masque dans le métro, WHY THE SAD FACE BOO ?
Il va nous arriver la même chose que dans les aéroports. Après deux ans de pandémie et de ralentissement, ils n’arrivent pas à suivre la cadence d’antan, tout s’est remis à bouger trop vite. Ils n’ont pas le temps de s’adapter, les files s’allongent et les bagages s’accumulent.
Et les bagages s’accumulent.
On a vécu un gigantesque trauma mondial, et on va juste…poursuivre notre chemin comme si de rien était ? Sans penser qu’il y aura des conséquences ? On a retiré l’obligation des masques, la CAQ va revenir au pouvoir pis on va faire comme si de rien était ? C’est-tu moi qui est constamment sur une micro-dose de mush sans le savoir ou on est rendus complètement fucked up ? À tous les matins, je me lève en croyant que j’ai rêvé le monde de la veille tant personne ne semble capoter tight comme moi.
On va garder notre pied sur la pédale de gaz, garder notre trajectoire vers le mur, pis tout le monde est ben chill avec ça ? Le mur, c’est peut-être la COVID, c’est peut-être la montée de la violence, c’est peut-être un burn out généralisé, c’est peut être un évènement climatique, c’est peut être une bombe nucléaire, QUI SAIT ? Notre indifférence collective ne cesse de me surprendre.
Non mais sérieux. Vous y croyez, vous, à Noël ? Noël prochain va être un beau tit Noël parfait, blanc, où les urgences seront vides et accueillantes pour quiconque a un vilain chat dans la gorge ? On croit au Père Noël ?
On dirait que c’est tabou d’en parler : la vie « d’avant » ne reviendra pas.
Pris dans la première étape du deuil : le déni. J’attends avec impatience la deuxième…
Ça se sait-tu, qu’on est une gang qui perd tranquillement espoir ? Sans compter ceux qui l’ont déjà perdu ? Ça se sait-tu, qu’on est tannés de se faire infantiliser ? « Travaille, consomme, mange tes brocolis, pis toute va ben aller. »
J’ai l’impression qu’il faut en shaker kek’s’uns : Gang, la vie d’avant, ça ne reviendra pas ! 2019, c’est terminé. 2015, aussi. Les étés seront de plus en plus catastrophiques, les tempêtes de plus en plus fréquentes, la biodiversité va poursuivre sa chute, et ça, pour un méchant bout… Qu’on agisse immédiatement pour le climat OU PAS !
La crise de l’emploi ne va pas se régler en claquant des doigts, la crise de l’inflation ne va pas disparaître comme par magie, hell, la pandémie n’est même pas un peu partie. La crise du logement ne va pas s’évaporer, la crise migratoire ne va pas se dissiper, la crise climatique ne va pas bon vous avez compris le concept, ça fait beaucoup de crises qu’on ignore, les mains sur les oreilles en chantant « LALALALA ».
Je sais, je suis déprimante avec ça, j’en parle tout le temps. Toujours la même cassette, le disque qui saute, la page IG qui se refresh pas. Mais me semble que c’est quand on regarde la vérité en pleine face qu’on peut agir, non ?
Je veux ben croire qu’on est une société laïque mais on est collectivement en train d’espérer un miracle. Y va falloir qu’on fasse quelque chose. Qu’on switch. Qu’on change le beat.
Ça me fait rire quand on me traite d’alarmiste. C’est vrai, je le suis.
Mais j’pense pas que j’suis l’alarme de char qui part à 2h du matin parce qu’une feuille morte est tombé su’ son hood.
Anywé. Mangez vos brocolis.