Je sais, je sais, je suis la centième niochonne pas de diplôme que vous lisez dans les derniers jours qui s’exprime sur la COVID.
Je sais, je suis désolée.
C’est juste que je vois le monde chialer, paniquer, douter, pis je sais pas, je comprends pas.
Je comprends pas pourquoi le monde capote.
C’est comme si on était dans un dôme si douillet qu’on oublie que ça existe, le monde, l’humanité et ses problèmes.
Les gens qui l’ont plus rough que nous, peuvent bien en avoir rien à chier du monde, de l’humanité, et ses problèmes parce qu’ils ont les leurs. Ils ont d’autres chats à fouetter que la COVID, mais nous ! On est tellement privilégiés qu’on vire les tables à l’envers quand on n’a pas exactement ce qu’on veut quand on le veut.
“MON KARAOKÉ.” “MA DANSE” “MON VOYAGE.”
Man, vous allez chier à terre quand la crise climatique va nous rentrer dedans, pis que le café va avoir le même prix que du homard hors saison. D’ailleurs le homard…
On est tellement privilégiés et ingrats, dans notre p’tit dôme douillet nord-américain, qu’on a même pas réalisé que c’était un miracle d’avoir réussi à trouver un vaccin en un an. Et de l’avoir dans notre bras tu-suite après. Le seul miracle qu’on a apprécié cette année, c’est la finale des Canadiens pour la Coupe Stanley.
On savait que la pandémie était toujours présente, non ? On savait qu’on allait avoir des doses de rappel, on savait qu’à chaque hiver, pendant un p’tit bout, fallait faire attention, regarder les chiffres, les cas, les hospitalisations. On savait que les voyages, tant que la quasi-totalité de la population mondiale n’était pas vaccinée, ça allait être compliqué ? On savait que ça serait ça, non ? Alors ? Pourquoi le monde tombe en bas de leur chaise comme si on leur avait annoncé que Jurassic Park était inspiré d’une histoire vraie que toute cette péripétie avait été habilement cachée du public par la CIA ?
“Hey, Legault a dit que vacciné rimait avec petit parté !”
Ah. Vous croyez les dirigeants vous autres ? La politique plutôt que la science ? Damn, vous allez vraiment pas en revenir quand la crise climatique va pogner dans ‘fan.
Vendredi, on a remis les plexiglas au bar. Y’a un client qui a chialé “C’est lundi les mesures !”
Ah oui, parce que le virus va attendre lundi avant de faire des ravages. On voit vraiment que les notions épidémiologiques de bases sont bien acquises dans notre société. Lavez vos mains, et toussez dans votre coude, qu’ils disaient.
Où sont donc passés les beaux discours de la première vague ? Où sont les “la vie va trop vite de toute façon, ça fait du bien de ralentir un peu” ? Où sont les “peut-être que la PCU va encourager le gouvernement à implanter un revenu minimum garanti” ! Où est passé l’espoir, parce que y’en avait de l’espoir, de la première vague ?
On savait pas à quoi s’attendre, on était loin et isolés, et on se serrait les coudes quand même. Les gens chantaient sur les balcons pis toute, c’était beau.
Il fallait donc tant se grouiller pour aller s’entasser dans des avions polluants alors qu’il n’y a pas si longtemps, les ciels bleus des grandes villes faisaient rêver à un monde meilleur ? Les gens s’ennuyaient tant que ça d’être dans le trafic le matin ? De jongler travail acharné, réunions de familles obligées, déjeuner d’amis squeezé ?
Je ne comprends pas pourquoi on se dépêche …à se tuer.
Est-ce qu’on est vraiment rendus si entêtés ? Plutôt mourir, plutôt tomber malade, plutôt laisser les autres crever de stress parce qu’on a envie de chanter au karaoké, de voyager ?
“La COVID, faut bien apprendre à vivre avec !” Je sais pas si vous avez le guts de dire ça à nos soignants. Nos soignants qui se tapent plus de morts, plus d’heures supplémentaires, plus de stress qu’ils n’ont jamais vécu de leur vie ? Nos soignants qui se tapent des burn-out, des chocs post-traumatiques, il faudrait qu’ils apprennent à “vivre avec” ? Vraiment ?
Ceux qui veulent fêter Noël coûte que coûte me font penser à ceux qui ne veulent rien faire non plus pour l’environnement. “Il ne faudrait quand même pas que ça nuise à l’économie, que ça nuise à mes plans de voyage à Miami.” Ah. J’ai de la misère à comprendre la rage de ceux qui trouvent leur panier d’épicerie trop cher dans leur VUS. Comme un fumeur qui chiale que son linge pue.
Parce que tout ça, on va se le dire, c’est notre faute.
Oui, c’est bien beau d’accuser les dirigeants, d’accuser les gouvernements, et même si je la critique et que je la trouve bien merdique, notre démocratie, fuck, on est en démocratie.
On a voté pour ces gens-là. Mon père a voté pour la CAQ, mes grand-mères ont voté Libéral toute leur vie. Oui, 800 lits pour une population de 8 millions d’habitants c’est bien peu et c’est bien normal quand on a voté pour des connards qui réduisaient notre capacité à guérir, année après année.
Alors, je ne comprends pas pourquoi le monde capote.
Ignorance is bliss.
Peut-être pas cette fois. J’ai tellement dans ma vie envié ceux qui ne savaient pas et me rassure aujourd’hui d’avoir su et de savoir. Je suis peut-être plus déprimée et déprimante qu’eux, plus souvent, mais aujourd’hui je suis bien assise sur ma chaise. Je respire par le nez.

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Je parle souvent de (les) fin(s) du monde. Sur Internet, on nous appelle les Doomers.
Pourtant, ça provient d’un optimisme envers l’humanité. Je crois fermement que si on parle du problème, on est capable de régler le problème. Cacher le laid en dessous du tapis, ce n’est pas de l’optimisme, c’est de la pensée magique.