Passeport Passepour Passepas

Le passeport vaccinal discrimine les personnes âgées et les personnes qui n’ont pas accès à un cellulaire intelligent ; les personnes immigrantes qui n’ont pas accès à l’information ; les personnes qui ne peuvent pas recevoir le vaccin à cause de leur état de santé. Le passeport vaccinal discrimine les travailleurs précaires avec des horaires irréguliers qui n’ont simplement pas l’occasion d’aller se faire vacciner et les personnes sans voiture dans les régions du Québec qui ont du mal à se déplacer pour le recevoir. Le passeport vaccinal est imposé, sans débat, pour une durée indéterminée, à la population par un gouvernement qui agit en roi. Le passeport vaccinal, tout comme le couvre feu, est une mesure dangereusement liberticide. 

Pourtant, je suis pour le passeport vaccinal.

Je suis pour le passeport vaccinal, parce que j’aurais de la misère à dire que je suis contre. C’est peut-être à cause des conspis qui ont scrapé le fun d’être contre le gouvernement, c’est peut-être parce que j’ai dû mal à prêcher contre ma paroisse quand je travaille dans ces endroits non-essentiels qui exigeront de voir votre code QR. C’est peut-être parce que je me trouve ben edgy dans mes positions. C’est peut-être pour toute ça, mais j’pense que c’est surtout parce que je me sentirais trop hypocrite de dire que je suis contre une mesure que j’imposerais moi-même, si j’étais propriétaire d’un établissement, par exemple.

Un peu comme je suis pour l’indépendance, même si je ne caresse pas le même projet que la droite. Un peu comme je suis pour la taxe carbone, même si je ne caresse pas le même projet que la droite. 

Ce genre de pour flou-là. 

Laissez-moi vous raconter une petite histoire. Mon copain travaille pour une compagnie de covoiturage au Québec. Je ne la nommerais pas, mais il n’y en a pas des tonnes, alors oui, celle-là. 

La compagnie en question est considérée comme un service essentiel. Dès lors, le passeport vaccinal n’est pas imposé. Mais cette semaine, une dame de 65 ans à la santé fragile voulait exiger la preuve vaccinale de ses passagers, en plus du port du masque, pour embarquer dans sa voiture. (Oui, les vaccinés transmettent le virus, je sais, je les lis les articles, là n’est pas mon point.). Et bien, les passagers – plus anti-vaxx que anti-passeport, croyez-moi – ont couvert la dame d’injures. 

Cette anecdote m’a fuckée tight. C’est venu me chercher dans mon dedans. Je suis trop pour la décision de la madame de vouloir se sentir en sécurité, pour être contre le passeport vaccinal. Si la mesure n’était pas obligatoire, et si j’étais propriétaire d’un restaurant, je l’exigerais à la rentrée. Je trouve que c’est pas une mauvaise idée. Alors, j’ai de la difficulté à me dire contre. Je me trouverais trop hypocrite. Donc, je me dis pour.  Ce pour avec une tonne de mais

Dans mon monde parfait à moi, le passeport vaccinal, c’est la dernière mesure d’une longue liste de mesures qui ferait plusieurs kilomètres que la CAQ n’a même pas réussi à couvrir d’un pied. 

Dans mon monde parfait à moi, le personnel soignant est décemment payé, sans grosse disparité. Les hôpitaux sont rénovés, les services sont décentralisés et nous avons la capacité d’absorber les malades. Les écoles sont plus grandes, plus spacieuses, mieux ventilées. Les classes sont plus petites, plus faciles à gérer, le personnel enseignant est moins essoufflé, et lui aussi, mieux rémunéré.  Les lieux de diffusion sont publics et ne doivent pas se battre pour survivre, ils font partie de la vie. Dans mon monde parfait à moi, tout le monde reçoit un revenu de base. Les soins de santé mentale sont gratuits, le reste de la santé aussi. Le vaccin est fait ici, par du monde de chez nous qui teste et re-vérifie son efficacité, de façon publique. Le vaccin est administré à domicile, à vélo, en français, en anglais, en hindi, en swahili et on reçoit un dédommagement financier pour la journée de congé pour s’en remettre. Dans mon monde parfait à moi, je ne pense même pas qu’on se rend au passeport vaccinal. Pis si on avait à s’y rendre, on prendrait la décision ensemble, par communauté, ou bien en privé, pour ces lieux de loisirs et de fête comme les restaurants, les bordels (dans mon monde parfait à moi, les bordels sont légaux), les clubs et quelques salles de spectacles. Dans mon monde parfait à moi, le passeport vaccinal est la dernière mesure d’une longue liste de plusieurs kilomètres sur laquelle la délation entre voisins et le couvre-feu des printemps derniers ne s’y retrouvent pas. 

Mais voilà. Le monde est laid. Alors, je me résignerai à montrer mon code à l’entrée, alors que j’ai quand même le gouvernement dans l’cul. Je me sentirais plus en sécurité de refuser ce client au bar qui me postillonnait dans la face en disant que la COVID est une fiction, tout en maudissant le café qui ne permet pas à la personne itinérante de l’autre côté de la rue de se réchauffer. 

Dans tous les cas, je continuerai à me battre. Pour que plus jamais, on se fasse imposer des mesures sans les avoir discutées. 

*

Et j’aurais dû finir là dessus, mais j’ai une dernière parenthèse à ouvrir. ( 

Je trouve cela dommage que la seule fois, j’ai l’impression, où on parle de l’accessibilité de la culture et des loisirs aux personnes âgées, immigrantes ou itinérantes, c’est lorsqu’on parle de passeport vaccinal.

Mettons-là, avant la pandémie. T’en voyais-tu beaucoup des personnes immigrantes au Club Soda ? Quand t’allais au restaurant l’hiver, t’en voyais-tu beaucoup des personnes âgées ? Quand tu te prenais un latte dans un café, t’en voyais-tu beaucoup, des personnes itinérantes qui le buvaient à l’intérieur, sans se faire achaler ? Me semble que la question de l’accessibilité est plus profonde que passeport ou pas de passeport

) Voilà. Là, j’ai fini. 

Toujours down de crisser l’feu au système, ceci dit. 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.