Pauvre chanceuse

J’habite dans un condo où je ne devrais pas habiter. Je suis comme Monica dans Friends, j’ai un appart ben trop gros pas de bon sens pour la ville où je vis. Si on filmait une sitcom chez nous, on dirait que ça ne se pourrait pas qu’une fille comme moi, avec ma (pas vraiment de) job (stable) puisse habiter là. 

Mais bon, j’y habite. J’ai eu la chance d’être pleine de privilèges, que voulez-vous. J’ai eu la chance que mes parents achètent il y a longtemps, un condo dans un quartier qui n’était pas si bien placé pour le temps lors de la récession de 2001. Coup de chance. Bon investissement. 

J’ai eu la chance d’arranger quelque chose qui a été bien compliqué pour y habiter. J’ai eu la chance que ma maman m’aide, que ma belle-maman aide son fils, que mon père accepte un deal malgré sa passion pour le non – y’a quand même fallu que je pleure pis que je le menace de ne pas faire de p’tits enfants si je n’avais pas accès à une chambre supplémentaire. 

Alors, j’ai la grande chance d’habiter dans un condo avec mon conjoint, à demi-propriétaires, pas riches, mais stables et, surtout, à Montréal. 

Parce que si je n’habitais là, je ne sais pas où j’habiterais. Pas si grand, pas dans ce quartier-là, pas avec cette job-là, pas toute seule avec mon frisé. Si les étoiles s’étaient alignées différemment, d’un pouce genre, j’aurais peut-être dû quitter le quartier où j’ai grandi. 

Et même si, ce beau condo, c’est un peu à moi, je vis dans une situation qui peut basculer n’importe quand. Mon frigo pète, ça me met dans la marde. J’ai un dégât d’eau qui ne s’assure pas, ça me met dans la marde. J’ai des réparations majeures à faire, ça me met dans la marde. Mon chum me laisse, ça me met dans la marde. Je suis à une bad luck d’être dans la marde. Et pourtant, sur le marché, ça l’air, je suis riche. 

C’est-tu weird ça. Du monde pauvre, mais pas pauvre sur papier, qui n’y arrive pas. On appelle ça house poor aux États-Unis. Des propriétaires pauvres. Tu le sais que c’est un problème beaucoup trop généralisé, quand y’a un p’tit nom pour ça. 

Parce que se loger c’est rendu cher, manger c’est rendu cher, se déplacer c’est rendu cher, pis les salaires ont pas suivi, le filet social non plus. C’est pas comme si, le transport en commun était gratuit (yé), les services de santé dentaire et mental seraient gratuits (enfin!), que les médicaments coûtaient pas tant d’argent même si tu paies pour dans tes impôts (wtf). Peut-être que si c’était le cas, peut-être qu’on ne serait pas une gang à être à une bad luck d’être dans la marde. Peut-être. 

Pis damn. J’ai le privilège d’avoir eu accès à la propriété.

Je compati pour l’anxiété toujours un peu constante gossante que vivent mes amies locataires. Celle qui a dû se sauver des bibittes de son ancien appartement pour en trouver des différentes dans son nouveau foyer, ou bien à cet ami qui ne peut pas bouger, parce qu’il ne peut pas travailler, et donc il a pas d’argent, et quand il en demande au gouvernement, on lui dit non, alors il ne peut pas bouger, pas travailler, et c’est le système qui le cale et qui le traite de cave de se noyer. 

Pis le pire. C’est que toute ce monde là là. C’est blanc, éduqué, privilégié.

Imaginez, si eux se font chier, comment les vrais marginalisés mangent la marde.

Pis que toute, toute ça, c’est juste parce qu’on a accepté en tant que société que le logement pouvait être une business, même si c’était un droit. 

What the fuck.

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