Fut un temps où je fusse une tite nature à la santé fragile. Je faisais souvent des tours à l’hôpital. Je connaissais les infirmières, je les appelais par leur petit nom. Je me blessais, j’avais mal quelque part, j’avais pas fait pipi après l’amour (c’est très important de faire pipi après l’amour), j’avais le 811 sur speed dial, même si c’est facile à composer. Bref, j’avais toujours quelque chose, j’étais toujours là-bas.
Depuis, ne vous en faites pas pour moi, j’ai radicalement* (*j’aime ce mot) pris ma santé en main. Maintenant, ça va, mieux. Mais je sais qu’elle est sûrement toujours là, la tite nature anémique à la santé fragile.
Au printemps, j’éternue de plus en plus longtemps. En fait, j’éternue l’été et l’automne aussi asteur. C’est les changements climatiques, il y a plus de pollen, les arbres capotent, ils veulent se reproduire en malade, c’est comme si un dude se masturbait partout avant de mourir. Pis là, ga’, je suis pas scientifique, moi c’est comme ça que j’ai compris l’information.
En tout cas, l’INSPQ pense que juste pour le pollen, à cause des changements climatiques, ça va coûter 475$ millions supplémentaires pour les 50 prochaines années. Ça c’est juste pour l’herbe à poux. Je ne parle même pas des coûts reliés au Virus du Nil Occidental (21 millions), de la maladie de Lyme (744 millions) ou bedon des coûts liés à la chaleur 33 (milliards).
Nenon, je parlais vraiment juste de l’herbe à poux…
Et que va-t-il arriver quand il va faire trop froid ? Trop chaud ? Trop humide ? Que va-t-il arriver quand l’air sera trop pollué ? Quand les climatiseurs surchaufferont et que les masques ne nous protégeront plus de rien ? On regardera nos années en riant. “Dire qu’on avait peur d’un tout petit coronavirus….”
Qu’est-ce qui va rester du système de santé ? Pensez-vous que les urgences auront le temps pour nos petits bobos génitaux ? Quoi que, mourir de la syphilis, après toutes les possibilités que je viens d’évoquer, ça ‘a presque l’air le fun.
J’ai dit le système et les urgences, excusez-moi, j’ai fait comme les patrons : j’ai oublié les humains. Les soignants qui travaillent. Qui rient, qui mangent, qui chient, qui jouissent, qui pleurent, qui se reproduisent. Les humains qui sont présents à l’hôpital, à domicile, en clinique. Qualifiés et dévoués. Exploités et Surmenés. Un hôpital full high-tech flambant neuf sans personnel : c’est une bâtisse vide shinée.
Et un hôpital vide, ça n’augure rien de bon. Je sais, j’ai vu mon lot de films d’horreur. Et ça m’effraie ! J’ai des vieux genoux à gérer, une vie gynécologique compliquée, une peau qui réagit à godknowswhat, des poumons grognons, je l’ai dit elle est toujours là, la petite nature, alors qui va être là pour la chouchouter quand ça va s’écrouler ?
J’aurais dû faire ma médecine, j’aurais pu me gérer moi-même. S’opérer avec un selfie-stick, ça doit se faire, nah ? J’imagine que c’est l’temps de faire son cours de croix rouge pis d’écouter 127 heures pour se motiver à se couper le bras si besoin il y a. Se parer à toute éventualité. Parce que, qui sait ce qui va rester, de ceux qui prennent soin de notre santé
Je suis peut-être déprimante, mais ne m’en voulez pas à moi, il faut en vouloir au gouvernement. C’est lui le mauvais parent. Le responsable lâche. Le parent qui nous force à prendre des cours de karaté pour notre “santé”, mais qui fume dans le char. *
*(Ceci était une allégorie sur les petits gestes versus la pollution systémique. C’était peut-être pas clair. C’était peut-être très clair aussi, et je lui ai retiré toute magie en l’expliquant. Eh misère.)
J’aimerais juste ça qu’on ait appris notre leçon de la pandémie pis qu’on prenne soin de nos “anges gardiens”. J’espère que leurs amis vont se forcer pour leur donner un beau cadeau de fête, que leur partenaire vont leur faire des massages, qu’ils vont se faire tenir la porte pis que la population va appuyer toutes leurs revendications.
J’espère qu’on va les aider à se relever en combattant pour une société qui nous permet de prendre soin de notre santé. On leur doit bien ça.
J’ai espoir.
On dirait que c’est arrivé avec le vaccin. Je trouvais ça tellement beau, au Stade, voir toutes ces belles personnes en sarrau blanc mobilisées, souhaiter une bonne fin de journées aux autres belles personnes fraîchement vaccinées. J’avais envie de me prendre un sarrau moi aussi pour participer.
Ça m’a tellement donné de l’espoir. Imaginez, IMAGINEZ, si on déplaçait des montagnes pour la justice sociale et climatique comme on l’avait fait avec la COVID ? (Bon, pas dans un scénario où on appelle le premier ministre “Papa Legault”, mais vous voyez l’idée.)
Imaginez. Si tout le monde s’y mettait. On irait chercher notre petit arbre à planter au Stade Olympique, on participerait à des corvées collectives sur les berges. On irait porter nos pots consignés, on s’organiserait des petits switch&bitch. On irait aider nos maraîchers aux récoltes, on éduquerait nos parents sur les nouvelles habitudes à adopter.
Pour sauver des vies, je suis restée chez nous, mais je serais sortie faire ma part avec plaisir. Pour sauver des vies, je serais prête à donner du jus de coude en mautadit. Faut ben que j’en profite. La petite nature est jamais bien loin…