Je sais pas si vous avez déjà regardé des vidéos de dj sur Youtube. C’est souvent des sets d’une trentaine de minutes, filmés dans des endroits magnifiques avec beaucoup trop de shots de drones. Rien de politique, rien de controversé. Du linge lousse et des filles extraordinairement maquillées tout au plus. Les Dj font leur petite affaire. Ils mettent de la musique, jouent d’un instrument ou deux, ils dansent ou plutôt ils piétinent, les bras ballants. Ils n’ont besoin de rien – de cent milles piasses d’équipement d’accord – du moins ils n’ont pas besoin de grand chose. De la musique et c’est tout. Les DJ sont souvent connus pour leur beat répétitif, mais pas fatiguant, hypnotisants. Les dj ne parlent pas beaucoup. Ils sont invités à des évènement où les gens prennent beaucoup de drogues. J’aurais peut-être dû faire de l’électro. Je parle à trop de gens à jeun.
Je suis tannée d’avoir le coeur que j’ai. Le coeur en feu d’une penseuse qui gueule. Je veux me faire écouter, écouter les autres, transférer ce que je sais, transmettre mes peurs, mon savoir, comme le cliché de l’artiste qui s’est fait oubliée trop de fois à la fin de l’école. Je veux parler et faire rire et pleurer et débattre et qu’on me foute la paix et recommencer. J’ai le goût de pleurer une peine qui n’est pas la mienne, d’être heureuse pour de faux, outrée à outrance, j’ai envie de faire rire avec ce qui me fâche, de me fâcher de ce qui vous fait rire, j’ai envie d’avoir des questions sans réponse, des réponses sans question. Je m’écoeure avec mes figures de style, je m’émerveille de ma propre plume. J’ai le coeur en feu et j’ai juste un minable wordpress pour l’éteindre, un peu. Dites, pouvez-vous ben me dire pourquoi j’ai payé pour un point.ca si personne ne le voit. J’aurais dû faire de l’électro, j’aurais préféré avoir le coeur d’un comptable.
J’ai besoin de parler, d’être avec des gens – un peu des fois – d’être seule beaucoup. De réfléchir et de lire et de discuter. C’est ben le fucking comble avec la pandémie. Il n’y a que les réseaux sociaux pour se sentir connectée, et quel pire endroit au monde, les réseaux sociaux pour connecter. À part à la page d’accueil, il n’y aucune connexion qui s’y fait vraiment.
Et pourtant, j’essaie. Parce que je suis une fille de mon temps, voyez-vous, et si les vieux monsieur n’arrivaient pas à dire « je t’aime » jamais, les jeunes filles, elles, veulent le lire tout le temps à chaque nouvelle photo, à chaque nouveau commentaire. Être de son temps.
Alors ce que j’aurais écrit calmement il y a 40 ans dans un journal personnel, en attendant d’être publiée dans un journal professionnel, je le résume en 7 lignes expédiée sur un réseau social fait pour crisser le feu aux relations humaines et moi je suis allée fumer une clope dans ce nid de pailles en me demandant pourquoi je me brûle. Et puis, je m’obstine pendant des heures à un débat que j’aurais ignoré avec mon verre dans un bar. Vous savez que Facebook est fait pour foutre la merde dans les sections commentaires, et Instagram est fait pour qu’on trouve tout le monde plus beau que soi ? Parce que le capitalisme fait de l’argent avec la dépression. Si on se trouvait beau, on n’achèterait plus de nouveaux vêtements, si on se trouvait intéressant, on ne magasinerait pas notre prochaine destination voyage parmi des hashtag. D’ailleurs, j’y pense, ça fait longtemps que j’ai pas publié un selfie où je me trouvais belle cinq minutes et que j’haïssais ensuite mon nez des jours durant.
C’est que je lis les nouvelles et j’ai mal. J’arrive pas trop à m’expliquer pourquoi. La personnalisation des combats m’épuisent. Je me demande combien de portraits à l’aquarelle d’une victime de racisme systémique ça va prendre pour que les changements aient lieu dans la vraie vie. Malheureusement, ce qui trend sur Twitter ne semble pas faire office de projet de loi. J’essaie, j’essaie ! de m’exprimer, mais c’est Facebook et merde, il n’y a personne qui s’entend parler là où tout le monde gueule.
On fait des liens débiles avec les propos des autres. On prend leur mots pour des mots, alors que c’est plus souvent des mots pancartes, des mots tape à l’oeil, des mots câlins, des mots chialards. On prend leur mots pour du cash parce que tout est une question d’argent. Il y a un temps où on pouvait discuter simplement et ne pas googler absolument chaque mot de vocabulaire utilisé pour cerner quelqu’un dans un coin, pour ensuite lui prouver qu’on était plus intelligent que lui, parce que nous, on l’a trouvé ce coin et on l’a très bien mis dedans.
On essaie de s’exprimer dans ce sac à merde où on est surpris que tout sent la marde. On se fait lancer des termes bidons inventés sur internet parce qu’utilisé sur internet.
Et soudainement on sent qu’on ne peut plus rien dire.
Et je m’écoeure avec mes figures de style.
Si j’avais fait de l’électro, mon non-sens aurait eu du sens dans son non-sens.
On aurait dansé simplement.
Quelqu’un a un contact pour de l’acide ?
oui
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Haha ! Ça m’intéresse …!
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