Les vélos ne peuvent pas tourner à gauche

Si vous êtes un cycliste, vous le savez déjà probablement. Les vélos ne peuvent pas tourner à gauche. Ils ont le droit, bien sûr, mais de mon expérience, dès qu’on quitte le petit bout de rue qui nous est destiné « à droite de la chaussée à environ 20 c.m. de l’asphalte », les automobilistes nous engueulent. Alors on tourne à gauche façon vélo. On arrête au coin de rue où on aurait eu le droit de tourner, on traverse avec les piétons, et là on se fait engueuler par les piétons. Non, les vélos ne peuvent pas tourner à gauche.

Je ne peux pas me rappeler le nombre de fois que je me suis fait crier après en vélo. Sûrement beaucoup plus que les kilomètres de pistes cyclables de Montréal (350). À toutes les fois, complètement enragée de subir les insultes d’un polluard (pollueur et connard, c’est joli, non?), et à la fois trop satisfaite d’y répondre. Enfin, pour de vrai ! Avec la force de mes mots, de ma voix ! Et mon chum qui a peur, le pauvre, à chaque fois pour ma grand gueule, parce que les autos ça tue, il ne faut pas l’oublier. Les autos, ça tue beaucoup. Mais je l’ouvre, ma grand gueule quand même, parce que ça tape, à la longue, se faire engueuler de l’autre côté d’un écran quand on défend 4 millisecondes une ligne de peinture sur un boulevard. Lire des menaces de la part d’un profil de photo de chat, sans jamais voir le polluard derrière son volant beugler de jalousie pour nos petits culs tights parce que lui, il n’arrive plus à toucher ses pieds – le vélo, vous essayerez monsieur.

Depuis la pandémie et les mesures de distanciation, c’est pire. Valérie Plante a ajouté des pistes cyclables, c’est mieux sur la route – aucun décès de cycliste dans la métropole cette année, hourra – mais on dirait que c’est pire sur le moral. Les gens ne font pas que se plaindre, ils écrivent des menacent sur les pistes cyclables, ils installent des fils de fers, des clous, putain, ils sont fous ces polluards ! Et quelle connerie de leur avoir raconté qu’on mettait des pistes cyclables par « mesures de distanciation ». D’accord, les gens sont cons, mais il ne faut pas les prendre comme tels non plus. Franchement, les enfants – et ceux qui ont l’intelligence et la maturité de – sentent quand on leur mente. Il faut dire la vérité : « Fuck vos chars, c’est la crise climatique. On va tous crever si vous continuez avec vos vroums vroums. Compris ? »

Les sondages disent que la mairesse risque de perdre ses élections. Honnêtement, je comprends pas. Pour 2-3 sens uniques déjà annoncés ? Pour des pistes cyclables déjà promises ? Pour des rues piétonnes à taux de satisfaction élevée ? Des automobilistes accusent les cyclistes de causer le trafic, ont-ils remarqué plutôt que nous le libérons ? La population de voitures augmente plus vite que celle des humains, nos routes sont déjà à pleine capacité, où veulent-ils mettre les nouvelles, sur nos têtes ? Dans le sol ? Pourquoi pas un métro alors ? Ah, ça, non ! Le trafic que sa construction occasionnerait, franchement ! Environ la moitié des déplacements dans la ville sont effectués par des banlieusards en auto-solo. Elles sont où, dites moi, les vindicatives contre les banlieues ? Pouvez-vous m’ajouter dans le groupe où elles ont lieu, s’il vous please, j’aimerais ventiler un peu.

Qu’ont donc ces détracteurs de vélo, ces polluards à deux cennes, contre les cyclistes ? Chaque déplacement en voiture coûte 20 sous à société. Chaque déplacement en vélo rapporte 20 sous à la société. Pourquoi ne nous baisent-ils pas les pieds ?

« Sacrament madame, pour faire rouler l’économie ! »

Moi je dis, on devrait tous les obliger à faire du vélo pendant deux semaines. Peut-être qu’ils arrêteraient de nous crier de faire nos stops. Ils verraient bien, qu’en vélo, on voit plus loin et mieux, qu’il y a moins d’angle mort et que sans une grande cage de métal qui nous bloque la vue, on peut se permettre quelques mouvements audacieux. On peut parler aux piétons, aux vélos, avec des mots, pas trop forts, juste assez, « excusez moi, je dépasse ». Peut-être remarqueront-ils qu’en vélo, on va à peu près à la même vitesse qu’à un arrêt de voiture. Que ce n’est pas parce que nos roues ne sont pas bloquées, qu’on continue d’avancer. Peut-être remarqueront-ils que les lignes peintes par terre sur un boulevard achalandé ne sont pas un luxe pour assurer notre mini-minime sécurité. Peut-être lèveront-ils eux aussi leur chapeau à la vue d’un robuste cycliste d’hiver qui n’a peur d’aucun centimètre de neige.

Peut-être que si tous les automobilistes faisaient du vélo deux semaines. Juste deux semaines. J’aurais un petit break d’engueulades de je sais pas, deux semaines.

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