Je pensais pas avoir à me trouver une autre job avant que ma carrière (d’humoriste, autrice, conceptrice, whatever-trice) démarre. J’aimais ça travailler au bar derrière le bar à surveiller le bar. À chicaner les robineux qui s’allumaient une clope en dedans, c’était inspirant.
J’avais un boss chill qui chialait pas quand je demandais congé pour faire des shows. Les derniers temps, je m’étais mise à faire des shifts weird, je rentrais à 23h après un spectacle pour closer. Juste de même. Flexibilité et ancienneté.
J’parle au passé, mais je suis pas renvoyée. J’ai pas eu mon 4%. Mon boss, c’est encore mon boss. Le bar est pas mort. Aux dernières nouvelles, il survit financièrement. Il est dans le coma économique. On ne sait pas quand il va revenir à lui. Alors, comment je suis supposée passer à autre chose ?
Je suis tombée dans les craques du système. Les ceuzes qui doivent se « ré-inventer ». Mais bâtard, ousséssa?
J’ai étudié dans mon domaine ! J’ai fait une école supérieure d’art moi, Meusieur ! J’ai des T4 qui prouvent que j’en faisais un presque métier ! J’étais une travailleuse d’expérience dans ma job alimentaire, je m’étais spécialisée pis toute ! C’est pas ça, la recette du succès ? Étudier, se spécialiser, pas mettre tous ses oeufs dans le même panier ? Pourquoi je me sens comme si j’avais fait de quoi de pas correct ? Qu’on n’a plus besoin de mon expertise en fun ? Comme si j’avais étudié les licornes pis que je m’étais spécialisé en tressage de tapis. Me semble que, le plaisir, on va revouloir en avoir un moment donné, non ?
Ils vont arrêter l’aide d’urgence, ils veulent qu’on aillent « prendre soin de nos personnes âgées », cute. Pourquoi on demande pas ça aux faiseux d’annonces ? Ils servent à quoi eux autres, à part nous appauvrir ? Ils prennent soin de leurs piscines, sont pas capables de « prendre soin de nos personnes âgées » ? Personne voulait la faire ma job non plus avant ! Pas de fin de semaines. Travail de nuit. Clientèle problématique. Impossible de fêter une fête païenne ou religieuse quelconque de ta sainte-vie. Salaire variable. Environnement stressant. Dur sur le corps. Pis là vous voulez que je retourne faire une job que personne veut faire ? Ciboire. Comment ça les pousseux de crayons pis les vendeux d’affaires l’ont facile eux-autres?
Quand je pense qu’à la brasserie on avait encore une machine à peanuts.
Le 15 mars quand ils ont fermé les bars, je devais travailler. Mais quand je suis arrivée au bar, ils ont fermé les machines à poker. Le gouvernement niaisait pas. Un client régulier était arrivé à midi pour boire et profiter du bar avant que ça ferme, le flair. Quand je suis arrivée, il avait de la misère à tenir debout, mais il avait aussi de la misère à se tenir assis. J’étais un peu soulagée de pas être pognée avec lui qui me parle de ses problèmes. Mais là tu vois je m’en ennuie des problèmes qui riment pas avec brutus. (jveux même pu le nommer)
Ma job est dans le coma. Je fais quoi ?
J’ai un ami-collègue qui vient de mourir, c’était le coeur du bar. Qu’est-ce qu’on fait ?
J’ai appliqué pour être factrice, j’ai besoin de voir du monde. J’aimerais ça que Poste Canada me rappelle, je pourrais passer penser à autre chose, en m’entraînant les mollets.
