Samedi soir chez nous, je bois de la 50. Je bois jamais ça d’habitude. On vend ça à mon bar. Je bois pas ça au bar non plus. Des shooters ici et là, mais de la 50 jamais. Quelqu’un a dû l’oublier chez moi après un party. Ah, les party… snif de snif.
Samedi soir chez nous, je bois de la 50. Je fais jamais ça d’habitude. D’habitude je suis au bar. Normalement je serai contente d’avoir un p’tit samedi de congé, pour une fois en profiter, voir un show, faire un show, faire le party, la sieste, mais là c’est la pandémie, j’écris pis je tricote un tapis. Je pensais jamais dire ça un jour, mais je m’ennuie d’être barmaid. Je m’ennuie même du monde qui me postillonnait dans la face sans que je pense en mourir. Ah le monde qui postillonne dans la face… snif de snif.
Je sais, je sais, j’ai été chialeuse, surtout sur les internets, de ma job de barmaid dans mon bar de Shlagtown. On me pense bien débarrassée, mais non ! Je l’aimais mon bar. Je l’aimais ma sitcom. À toutes les semaines je voyais les mêmes personnages dans le même décor qui faisaient les mêmes erreurs. Je maugréais les totons, oui ! Les frais-chiés qui s’offusquaient qu’on ait pas de bitter pis de stations de charges pour téléphones ; Les crack-head qui s’offusquaient de pas pouvoir faire du crack aux machines ; Ceux qui fessaient sur les machines ; Ceux qui fessaient sur le monde ; mais c’est parce qu’ils cassaient l’ambiance, le feeling, la vibe, le coeur du bar.
Les Patriotes c’est une place où les gens se parlent. Les téléphones sont rangés, ou sur les tables, où personne ne les regarde, personne ne les vole. Les gens se font des amis. Les chaises se déplacent de tables en tables. Ça me fait chier quand je travaille, mais je trouve ça beau.
Je m’ennuie du karaoké. Des gens chantent, bien et mal, des gens qui dansent, mal et bien. Des tounes de karaoké, le piano cheap pis le folklore québécois. J’ai envie d’écouter du Paul Piché pis du Gerry Boulet, version midi. Les blues passent pu dins portes, fadeli delidam.
Je m’ennuie du party que j’abreuvais. C’était le fun d’être toujours là la fin de semaine et être payée pour. Le Patriote, si je n’y travaillais pas, j’y serais probablement quand même et je m’y ruinerais le cul. Là j’y gagne mon pain. Le beurre pis l’argent du beurre. Avec mes deux dernières allégories, la métaphore sonne un peu bizarre pis j’aime ça.
Je retournerai pas travailler de sitôt. Je le sais. Ça fait rien qu’une semaine, je le sais. Je serai vraiment pas la première à retourner travailler non plus, je le sais. Mais que voulez-vous. Je m’ennuie de servir des Bloody Caesars à des gens qui disent « Mary Caesars ».
Carnet de pandémie. #2