Dodo Monde

J’ai tellement de fois rêvé à la fin du monde. 

Je la sentais près de moi me souffler son air brûlant de bombe nucléaire dans le cou. Je la voyais me lancer des bombes, me pestiférer de guerres civiles, empoisonner mon air, mais un virus, aussi prévisible que cela pouvait bien être, je n’y avais pas pensé.

Il est arrivé si vite chez nous. Big badang boum. J’appelle ma mère, je demande à mon boss, non, personne n’a jamais rien vu de tel. Personne. Tout est fermé. Ou presque. On dirait Noël, mais personne est content. C’est la fin du monde. 

Entendons nous, je parle de fin du monde mais je parle plutôt de la fin de CE monde, pas la fin DU MONDE. Car le monde est monde depuis que le monde est monde….Bref, la fin de ce monde.  

Je lui souhaite de mourir de sa belle mort à ce monde, ce monde où la pauvreté est un mal nécessaire et où les banques sont la représentation de Marie mère de Dieu, qu’il faut aduler comme la sainte vierge qu’elle est, amen. La mort de ce monde qu’on a mis sous respirateur artificiel en 2008, en injectant massivement de l’argent public dans notre perte collective. Les marchés se régulent, qu’est-ce que vous comprenez pas, les marchés se régulent ! C’est vrai, très réguliers les marchés, ils se plantent vraiment en pleine face à tous les coups.  Et à chaque fois, ça augmente la prime de départ d’Alain Bellemare. 

Tout pète. Tout tombe. Le système est malade et il a contaminé toute la Terre. Les humains toussent, c’est la fin de ce monde, devant notre sofa. Netflix & Chill, pendant que les artistes qui ont créé le contenu crèveront la dalle, des millions les aduleront. Quel monde.

La fin de ce monde. Soudainement les gens n’achètent plus de t-shirt 2 pour 1. Ah le 2 pour 1. Habile technique pour vendre deux fois plus de ce que la personne n’avait pas besoin. Combien, oh, combien de fois a-t-on tous et toutes couru dans les allées comme des poules pas de tête quand la vendeuse nous annonçait qu’un des t-shirt sélectionné était 2 pour 1. DEUX POUR UN. Vite, un t-shirt blanc, médium, environ, tout le monde a besoin d’un t-shirt blanc médium, environ. On le met une fois à la maison pour se rendre compte qu’il est tellement transparent que le mouiller améliorerait la situation, on le relègue comme pyjama, qu’on ne met jamais. Un deux pour un qu’on ne pouvait absolument pas manquer. 

Nous n’achetons plus de t-shirts. Nous sommes chez nous. Nous ne tachons plus de t-shirts. Nous faisons du ménage. Une pile de tissus. Les couleurs du printemps, de l’automne, de l’hiver. Du brun, pourquoi, ce n’est jamais beau le brun. Une pile de tissus à démêler. La surprise quand on croise un t-shirt blanc qu’on n’a jamais porté. « Quand est-ce que j’ai bien pu acheter ça ? » Une pile de linges à donner. Une boîte, un sac à vidanges, un sac à recyclage, des sacs réutilisables de vêtements à donner. Aucune boutique où aller en acheter d’autres. Pas envie de faire du lavage de toute façon. Pas besoin d’autres t-shirts. La fin de ce monde là. 

La fin du voyage frénétique, de l’envie d’être un autre. Tout le monde est chez soi avec des pâtes et de la musique. Qu’on soit Madonna ou Gaétan Thibodeau. La quarantaine. Tout le monde égal. Personne dans les spas. Personne sur un roof top d’un building classy. Tout le monde chez soi en pyjama. Certains ont envie que cela dure des mois. Enfin une pause. D’autres se rongent les ongles parce qu’ils ne savent pas comment ils vont payer leur loyer et je sais j’en fais partie, mais pour l’instant, là là, c’est tout le monde en pyjama. À manger des pâtes en écoutant de la musique. 

Dodo. 

Je n’ai rien à faire demain. 

Mais il faut bien se reposer.

On va avoir un monde à rebâtir nous autres.

Dodo.

Dodo Monde. 

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