Le bout du monde brûle

On dirait que j’ai envie que l’Australie brûle.

Je sais que je ne devrais pas le dire, pas publiquement, mais en même temps il faut que ça sorte : j’ai envie que l’Australie brûle au complet.

Que ce soit l’hécatombe : des millions de morts, plus aucun arbre nul part, qu’il ne reste que le son du sable qui grafigne sur les carcasses des voitures et des maisons. Je veux que l’Australie soit l’hôte de l’horreur du siècle, comme Auschwitz, qu’on y mette les pieds en ne se disant qu’une seule chose : il ne faut plus jamais que ça arrive. 

Il faut tuer Hitler. Il faut sauver la Terre. 

(Cette phrase est supposée rimer. À lire avec un accent français). 

L’Australie qui brûle, c’est peut-être le faussé préférable au mur dans lequel on s’apprête à foncer. Le char n’aura pas tous ses morceaux, mais au moins nous…presque ? On ne fait pas d’omelettes sans casser d’oeufs, dit-on ?

 « Mais tu ne peux pas souhaiter que l’Australie brûle, pense aux gens qui souffrent ! » 

J’y pense à tous les jours. Je pense à ceux qui souffrent sans qu’on les retweet, sans qu’on partage leur story. Car vous savez que la Terre brûle, noie et affame des millions de personnes chaque année, ça arrive littéralement tous les jours, mais il faut croire que nos larmes sont réservées à l’épiderme immaculée…. 

Rappelez vous les attentats terroristes en Europe. Quelle tristesse, quelle horreur ! Ils attaquent, le centre de l’univers, ho que diable, pendant qu’on regardait le foot en plus ! Alors qu’au même moment, depuis un moment, les mêmes groupes terroristes, les mêmes mêmes groupes, assassinaient et violaient déjà l’Afrique sans que personne ne chigne. Après tout, tant mieux si les Africains quittaient pour le Nord….Ils font des sacré bonnes équipes de foot… 

Il va falloir dénoncer tous ces terroristes qui mettent en péril l’avenir de la vie sur Terre. Richard Martineau devra prendre son arme et la virer contre lui : car cette fois les terroristes c’est nous. C’est nous qui détruisons tout sur notre passage, nous les voleurs de richesses, c’est nous, l’épiderme immaculée, les enfoirés descendus du ciel, les infidèles de Gaïa.  

Combien d’Influenceurs aux cheveux de surfeurs doivent pleurer la fin de leur #vanlife pour qu’on réagisse ? Moi je dis beaucoup. Moi je dis tous. 

J’ai envie que l’Australie brûle pour qu’on ne soit pas les prochains. Pour ne pas que l’Asie s’inonde, que l’Afrique s’assèche, que l’Hémisphère Nord accueille millions de migrants et conflits…

J’ai envie que l’Australie brûle pour nous réveiller. Pour qu’on ne crève pas tous, endormis devant la télé alors que le feu consumait tranquillement notre salon…